
Sonnets - Extraits
Chanson
Il est une chanson qui me trouble toujours,
Une romance ancienne, émouvante et puis tendre,
Qui me chavire encor' quand je viens à l'entendre,
Un vieil air suranné de l'aube de mes jours.
Remontent du lointain les bribes des amours
Qui m'émouvaient alors et savaient me détendre
Quand, dans ses bras aimants, je cherchais à m'étendre,
Souvenirs disparus de douceurs et mamours.
Je revois une chambre au vieux papier marbré,
Un petit lit devant un pupitre encombré
Où trainaient entassés du linge et un roman.
C'était, je m'en souviens, à l’âge des tendresses
Qu'une dame aux yeux gris que j'appelais maman,
De ses câlines mains, me couvrait de caresses.
Lune
La lune a disparu, honteuse et sans escorte.
L'enfant croit au retour de la divinité
Et regarde le ciel menaçant la cité
Ignorant cependant que sa déesse est morte.
Les chiens sont arrivés en obscure cohorte.
Garçon, écoute-moi, pars vite t'abriter,
Cache-toi de la mort, fuis la bestialité
Des couteaux égorgeurs qui vont forcer ta porte.
Il n'a pas entendu le message d'alerte
Ignorant le danger qui le mène à sa perte
Alors que le bel astre en silence pâtit.
Au fond du bois, le strix entonne une oraison
Pour un clan attristé qui pleure son petit,
Sous un ciel sépulcral en perte de raison.